La Grande Fosse
Folk Tale
Print this Page- By Josh Crosslin
- Country: Togo
- Dates of Service: 1997—1998
- Related Publication: Folk Tale | The Great Hole
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Il était une fois un chef du peuple Moba qui ramena un jour trois cents de ses meilleurs chasseurs. Il n’avait presque rien plu cette année, et la saison de sécheresse approchait vite. Mais le chef ne s’inquiétait pas. Il connaissait un lieu où ses chasseurs pouvaient facilement pêcher, chasser, et s’approvisionner en eau en prévision des mois à venir.
« Dans la forêt sacrée de Doong, » dit-il aux chasseurs, « traversez par-delà la montagne jusqu’au fleuve en dessous. Là où les montagnes se tournent à l’ouest, le fleuve plonge dans une fosse qui n’a pas de fond. La fosse est liée directement à l’océan. Puisqu’il n’y a pas de fond là-bas, le fleuve ne s’épuise jamais.
Le jour suivant, les chasseurs voyagèrent à travers de la forêt sacrée. Comme le chef leur avait conseillé, ils traversèrent la montagne et se tournèrent vers l’ouest. Mais tandis qu’ils s’approchaient de la grande fosse, le ciel s’obscurcit en un clin d’oeil. Tout d’un coup, il commença à pleuvoir à verse.
Submergés par les torrents de pluie, les chasseurs furent tous emportés dans le lit de rivière en dessous. L’eau les bombarda de tous côtés. Tous les chasseurs furent engloutis par la grande fosse—sauf un. Le seul rescapé courut au village pour dire au chef ce qui venait de se passer. A ces mots, le chef succomba au désespoir.
« Je dois retourner à la grande fosse demain pour honorer les esprits de nos hommes, » déclara-t-il. Le matin suivant, dès que l’aube fut levée, le chef partit. Le chef parcourut la forêt sacrée de Doong sur son chameau, traversant la montagne jusqu’au fleuve en dessous. Après avoir dirigé son chameau sur un rocher juste à côté de la cascade, il descendit de son chameau et scruta la grande fosse en dessous.
Pendant que le chef fixait l’eau du regard, il sentit une tape sur son épaule. Le chef se tourna d’une manière lente et délibérée. Il n’avait vu personne dans la forêt de toute la matinée.
Une belle femme en tissu blanc chatoyant était devant lui. Dans ses mains, elle tenait une gourde d’eau assaisonnée de millet. En s’agenouillant devant lui, elle lui offrit la gourde et sourit. Le chef la remercia, prit une petite gorgée et répandit le reste sur les rochers. Aussi vite qu’elle était apparut, la femme disparut.
Puis, le chef parla dans une langue sacrée, pour communiquer avec les esprits des chasseurs courageux qui avaient péris dans le fleuve. Tandis qu’il parlait, les animaux de la forêt se rassemblaient autour de lui. Un par un, ils vinrent dire au chef qu’ils étaient triste de sa perte. Les oiseaux en premier, puis les antilopes et les éléphants.
Du plus profond de l’eau, où les hommes moururent, les animaux aquatiques—les poissons, les caïmans, et les serpents—vinrent à la surface. Ils étaient émus par sa parole.
D’un seul coup, les animaux disparurent dans l’air, la forêt et l’eau, et le chef se tourna pour partir. Mais quand il remonta sur son chameau, il nota que les empreintes de sabot de son chameau étaient maintenant enfoncées dans le rocher, ainsi que les empreintes de genoux de la femme devant laquelle il avait versé de l’eau. La tache de l’eau répandue était encore là aussi.
Si on se rend à Doong aujourd’hui, on peut trouver ces empreintes et cette tache. Et quand le chef des Mobas se tient debout devant la grande fosse, tous les animaux reviennent, comme avant, pour montrer qu’ils n’ont pas oublié.
^ Back to TopAbout the Author:
« Peu après que je sois arrivé à mon village, » a dit Josh Crosslin (volontaire du Corps de la Paix, Togo, 1997-1998), « J’ai entendu dire qu’il y avait une cascade tout près. Le chef du village m’a dit qu’il me permettrait d’y aller à condition qu’il puisse faire une cérémonie pour assurer que le voyage se fasse en sécurité. »
Un ami à moi du village m’a guidé à travers la forêt jusqu’à la grande fosse. Pendant que nous nous tenions debout sur la cascade au milieu d’une foule de moustiques et de mouches noires, il a commencé à pleuvoir. Mon ami m’a montré les empreintes des chameaux et des genoux, et une tache d’eau sur les rochers, et m’a raconté cette histoire. »
« Dans la culture Moba, les ancêtres sont extrêmement importants. Le peuple se souvient de leurs ancêtres en faisant des petites actions chaque jour, telles que quand ils répandent un peu de boisson en offrande sur le sol avant de boire. »
Traduit par Tim Quinn, Peace Corps. Edité par Pierre Frédouët, Rennes, France.