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Paul D. Coverdell World Wise Schools

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Des Ailes à Ses Pieds

Wings on Her Feet

Region
The Caribbean, Haiti
Type
Folk Tale

 

Il était une fois une gentille petite ânesse qui s’appelait Zel Nan Pye. Tout le monde dans sa ville s’exclamait, « Bonjour, Zel ! » chaque fois qu’elle trottait devant eux, et les longues oreilles aux cheveux flous de Zel se raidissaient à ces mots. Même si Zel aurait beaucoup aimé tourner sa tête avec une réponse, sa maîtresse Madame Charité lui tenait les reins trop fermement.

« Ne t’arrêtes pas ! » Madame Charité disait d’au-dessus. « Je n’ai pas le temps que tu fasses un appel social. »

Les villageois craignaient Madame Charité autant qu’ils adoraient Zel. C’était une vieille rancunière toujours en colère qui jetait des pierres aux oiseaux quand ils chantaient, et braillait aux petites filles quand elles riaient. Mais c’était avec la pauvre Zel qu’elle était la plus méchante.

Tous les samedis, Madame Charité mettait sur Zel beaucoup de sacs lourds de riz et de sucre qu’elle vendait au marché. Même si la vieillarde savait que celui qui arrive le plus tôt vend le plus, elle se réveillait toujours tard.

Typiquement, elle se levait dans un torrent de juron et ramassait à toute vitesse les sacs de riz et de sucre. En jetant les sacs sur le dos de Zel, elle nouait le cordon si étroitement que Zel ne pouvait à peine respirer. Enfin, elle montait sur Zel, lui donnait un coup de pied et la dirigeait vers la rue, en braillant constamment : « Plus vite, ânesse stupide! Plus vite ! »

Zel ne comprenait pas pourquoi Madame Charité était si méchante envers elle. Zel trottait toujours au marché aussi vite que possible. En plus, elle aimait le marché. Tous les autres ânes et ânesses s’y réunissaient. Sous l’ombre des bananiers, Zel et les autres ânes échangeaient des blagues et jouaient à leurs jeux. Mais les flagellations de Madame Charité la faisaient craindre le voyage au marché.

Un soir, après que Zel fut rentrée du marché, son amie Touloulou rampa hors de son trou pour la voir. Touloulou était un crabe qui habitait dans le jardin derrière la maison de Madame Charité.

« As-tu passé une belle journée, Zel ? » lui demanda Touloulou.

« En fait, » dit Zel en soupirant, « c’était bien de voir les autres ânes et ânesses, mais Madame Charité m’a frappé si fort que je ne pouvais pas me joindre à leurs jeux. J’ai dû m’allonger sur l’herbe. »

« Tu sais, » Zel continua, « Je trotte rapidement et je n’ai pas peur de supporter un lourd chargement sur mon dos. Je ne comprends pas du tout pourquoi elle me frappe. »

« Madame se lève toujours tard le matin du marché—et tu sais qu’elle ne se blâmerait jamais elle-même—donc, elle te frappe, » répondit Touloulou d’un air détaché.

« Je pense que tu as raison, » dit Zel. « Aujourd’hui, elle n’a pas trop vendu, et elle m’a frappé plus que d’habitude. Les autres ânes et ânesses disent que tout le monde a peur d’elle, et c’est pour cela qu’elle ne vend pas beaucoup. »

« Mais Touloulou, » Zel continua, « Je n’en peux plus. J’ai très mal au dos et aux pieds et je suis fatiguée de ses flagellations. »

« Pourquoi ne donnes-tu pas à Madame un bon coup de pied ? » Touloulou suggéra.

Choquée, Zel lui dit, « Oh, non, jamais ! Je ne peux pas ! D’ailleurs, elle me frapperait d’autant plus. »

« Ne t’inquiètes pas, Zel, » dit Touloulou. « Touloulou le crabe est à ton service ! La prochaine fois que Madame Charité va au marché, je m’en chargerai. Elle ne te frappera plus jamais. »

Le samedi suivant, comme d’habitude, Madame Charité se réveilla et braillât : « Aaaugh ! Il est neuf heures ! Je suis en retard ». Pendant qu’elle ramassait ses sacs pour le marché avec beaucoup de hâte, Touloulou rampa par la porte et se cacha dans un sac de sucre. Après que Madame Charité jeta les sacs sur le dos de Zel et la monta, Touloulou quitta silencieusement sa cachette. Puis, il s’agrippa aux ourlets de sa longue jupe, en prenant soin d’être près de sa cheville.

Aussitôt qu’ils eurent arrivés dans la rue, Madame Charité, en se souvenant qu’elle était très tard, leva la main pour frapper Zel. Mais juste avant que sa main ne puisse arriver en contact avec les belles oreilles de Zel, Touloulou la pinça avec sa pince.

« Aaaugh ! Ooouch ! » cria-t-elle. « Je suppose que je me suis blessée pendant que je mettais les sacs et la selle sur Zel, » se murmura-t-elle.

Pour un instant, Madame Charité essayait d’apaiser sa cheville avec sa main. Elle oubliait qu’elle était très tard. Mais tout d’un coup elle se souvint des autres vendeurs de riz et de sucre et elle cria : « Ne peux-tu pas courir plus vite, ânesse ! » Zel trottait déjà à toute vitesse.

Madame Charité leva encore la main. Mais avant qu’elle ne puisse frapper Zel, Touloulou lui pinça la cheville une nouvelle fois.

« Aaugh ! Ooouch ! » cria Madame Charité. « Quelle douleur ! Je dois rester calme, » se dit-elle, « je ne veux pas aggraver la douleur. »

Madame Charité continua vers la ville, songeant que dans le futur elle devrait être plus soigneuse en mettant les sacs sur son ânesse, et qu’elle devrait prendre plus de temps le matin du marché en préparation.

Quand elles arrivèrent près du marché, Madame Charité dirigea Zel vers son stand habituel. Mais tandis qu’elles approchaient, Madame aperçut quelqu’un d’autre à son stand—et il était en train de vendre du sucre ! Dans une tempête de jalousie, Madame Charité leva la main pour frapper Zel. Mais à cet instant, Touloulou se cramponna de toute ses forces à sa cheville.

"Whoa! Whoa! Whoa!" cria Madame Charité.

En entendant les cris de Madame, les gens du marché se rassemblèrent autour d’elle.

« Qu’est-ce qui se passe? » demanda une petite fille aux cheveux tressés.

« Je me suis levée tard, » répondit-elle tandis que des larmes coulaient de ses yeux, « et en me dépêchant, je crois que je me suis blessée au pied. Il me fait beaucoup de mal ! »

« Vous devez vous réveiller plus tôt, Madame, » dit la poissonnière. Même si la poissonnière n’aimait pas beaucoup Madame Charité, elle eut pitié de cette vieille dame. « Le samedi prochain, je viendrai chez vous à six heures pour être sure que vous ne vous réveillez pas trop tard. »

« Oui, » ajouta la fruitière, « Je viendrai aussi pour vous réveiller. Laissez-moi examiner votre cheville. » C’était la première fois que la fruitière parlait avec Madame Charité. Même si elle connaissait Madame, elle l’avait toujours évitée parce qu’elle était si désagréable. Mais aujourd’hui cette dame souffrait, alors la fruitière parlait doucement avec elle.

Quand Madame Charité se rendit compte que les autres villageois s’inquiétaient pour elle, elle sourit malgré les larmes qui continuaient de couler sur son visage. Ce jour-là, pour la première fois, Madame Charité vendit tout son riz et tout son sucre. Après la fin du marché, elle sella Zel et rentra tranquillement chez elle.

Plus tard dans le jardin, sans avoir connaissance des actions de Touloulou, Zel dit au crabe, « Il semblait qu’elle allait me frapper, mais chaque fois, elle s’est arrêtée avant de rentrer en contact avec moi en criant de douleur. Et nous sommes rentrées chez nous sans un geste ni un juron. Qu’est-ce qui l’a fait changer ?

Toute de suite Touloulou sourit et commença à raconter ses aventures de la journée. « Chaque fois qu’elle levait la main, » rit-il, « ‘snap,’ je me cramponnais à sa cheville avec ma pince ! »

« Oh, mon dieu ! » s’exclama Zel, songeant anxieusement au pied de Madame Charité. « Je suppose, au moins, que maintenant elle sait ce que j’endure ! »  

 

About the Author

Adam Price

"Wings on Her Feet" is told by Adam Price (Peace Corps Volunteer, Haiti, 1996–1998). According to Adam, "Wings on Her Feet" is a favorite of many Haitians. "Many are descended from enslaved people who freed themselves through armed revolution. This tale teaches that cruelty inflicted by those in power can come back to hurt the powerful," Adam says. "Haitian stories always begin with the teller asking, 'Krik?' which is a way of asking if the audience wants to hear a story. If the audience wants to hear a story, they respond, 'Krak!'"

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